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Grand Prix d'Espagne
15 avril 2010
Photo Mat TALAYSSAT
A UN METACARPE DE L'ABANDON
Le début de saison est plutôt compliqué pour moi. Deux semaines avant d’aborder la première manche du championnat du Monde d’enduro je devais participer à l’ouverture du championnat italien. Malheureusement pour moi, alors que je faisais des essais de suspensions le jeudi avant la course, je me suis fracturé la main. Contraint à jeter l’éponge, je suis rentré en France pour procéder à des examens complémentaires qui ont imposé une intervention chirurgicale. On m’a posé une plaque pour maintenir le deuxième métacarpe de ma main droite en place puisqu’il y avait un déplacement osseux. Pour moi il était hors de question d’imaginer une quelconque participation à la première épreuve en Espagne. Nous étions à 11 jours de la course et tout tombait à l’eau. Je savais qu’en faisant l’impasse sur une épreuve du championnat je mettrai toutes mes chances de réussite aux oubliettes. Une semaine avant la course, mon chirurgien et un médecin de la famille d’un ami se sont concertés pour trouver une solution afin que je puisse rouler. Un strapping associé à une coque thermoformée me permettrait de tenir le guidon, non sans douleur, mais de le tenir quand même. Cette idée me donnait la possibilité de tenter ma chance sans trop risquer d’empirer l’état de ma main. Un seul souci, la souffrance serait inexorablement au rendez-vous. C’est précisément à ce moment que mes 6 jours de roulage avec le pied cassé aux ISDE en Nouvelle Zélande m’ont été utiles. J’ai tellement lutté contre la douleur cette fois là que deux journées à serrer les dents m’ont semblé possibles. La décision était prise, j’allais rouler au Grand Prix d’Espagne.
Photo Mat TALAYSSAT
Les premiers tours de roues au testing le jeudi me rassurent. J’ai mal mais j’arrive à piloter, je peux tenir mon guidon. Nous mettons une mousse sur la poignée pour amortir les chocs lors des freinages. Le vendredi nous roulons au prologue, les juniors ouvrent la spéciale, puis les E1, les E2 et enfin les E3… Il y a des pierriers, des rondins, des sauts. En clair, deux petites minutes hyper violentes qui pourraient d’emblée me mettre au tapis. C’est à mon tour de m’élancer, l’adrénaline compense un peu la douleur et je sors de la spéciale avec un très bon temps. J’ai eu très mal mais le test est concluant, la main a tenu bon !
Samedi c’est le grand jour, j’ai beaucoup d'apréhension mais dès les premiers chronos je suis dans le coup pour le top dix que je m’étais fixé. Je ne suis pas venu viser un podium mais simplement prendre le maximum de points possibles en sauvant les meubles. Les spéciales s’enchaînent à un rythme incroyable, il y en a cinq par tour. Les liaisons sont serrées mais j’ai de la chance, rien n’est trop défoncé et même s’il faut rouler vite, je ne prends des chocs qu’en spéciale. Je m’accroche toute la journée et je termine à une incroyable cinquième place ! Pour moi cette place est une victoire, nous avons gagné notre pari. Le changement de pneus se fait tranquillement, sans trop forcer avec les encouragements de tous les mécanos du team et des journalistes français présents sur place, qui m’ont bien soutenu.
Le lendemain les choses sont différentes. J’ai peu dormi tant ma main me faisait souffrir et les traumatismes de la veille se font sentir. Je prends le départ en imaginant devoir abandonner. Les premières spéciales sont violentes, elles sont plus défoncées que la veille mais chaque minute qui passe est une minute en moins à souffrir ! On se motive comme on peut... Arrivé à la spéciale en ligne du premier tour je manque de me trouver mal, à ce moment j’ai presque envie de tout arrêter. Mon entourage me remonte le moral et le fait de me sentir soutenu m’aide à poursuivre. J’arrive à tenir le coup le tour suivant et étrangement, probablement porté par l’espoir de terminer la seconde journée, je me sens moins mal dans le dernier tour. Je termine la journée dixième, c’est génial !
Je suis actuellement au Portugal en train de faire des reconnaissances pour le Grand Prix qui se dispute ce week-end. Je souffre encore de ma main mais je sais que je bénéficie d’une semaine supplémentaire de recalcification et malgré une probable douleur qui m’attend je sais que ça pourra potentiellement le faire. La pluie est annoncée, c’est un plus pour moi.
Merci à tous ceux qui m’ont aidé à tenir bon. Seb
Photo Mat TALAYSSAT
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